En arrière toute (bis)
Mercredi 29 avril 2009
Mon dernier edito dans Profession Logement m’a valu quelques réactions… Tout le monde n’étant pas (hélas…) abonné à cette excellente publication (encore de la publicité gratuite), je vous propose ce texte intitulé “en arrière toute”:
Parmi les traits, négatifs, du génie national français, deux sont à souligner. Commençons par la discussion puis le vote de textes (de la Constitution jusqu’au simple arrêté), souvent obscurs et diffus, qui font l’objet de controverses passionnées, puis qui sont en général oubliés et gentiment non appliqués. La loi Hadopi (sur le net) devrait en être une belle illustration. La loi “habitat et environnement”, concernant notamment la modernisation des cabines d’ascenseur, est en passe, pour le logement, d’en constituer une autre. Des délais stricts ont été fixés, faisant la joie des ascensoristes. Las, on voit mal comment tenir le timing initialement prévu… La loi Boutin vient donc de l’allonger, et ce n’est sans doute pas fini !
Deuxième défaut national (et singulièrement parisien) : le conservatisme architectural. Une enquete réalisée par le Figaroscope (sur le net, avec donc les limites du genre) liste les “batiments dont ne veulent plus” les habitants de la capitale. Au hit parade des destructions envisagées, toutes les grandes innovations modernes : la tour Montparnasse, Beaugrenelle, Beaubourg (le centre Pompidou), l’Opéra Bastille, la BNF (site François Mitterrand), la maison de la radio, la pyramide du Louvre etc… On imagine, qu’en 1900, la Tour Eiffel se serait trouvée en tete du palamarès du “à détruire”. Ces résultats constituent hélas pour les édiles municipaux une incitation à la plus grande prudence. Peu étonnant d’ailleurs si tous ces immeubles, même s’ils ne sont pas publics, ont été voulus très ardemment par la puissance publique, parfois au plus haut niveau de l’Etat. Nul ne pense à détruire de vieilles verrues du XIX ème, bien sûr… On proposera également, dans ce cadre, le retour des calèches et du chauffage au charbon…
Enfin, l’actualité du secteur du 1% montre bien comme tout système, même habilement cadenassé, trouve ses limites. Il suffit qu’un des participants ne veuillent plus entrer dans le jeu, que le vieillissement des équipes fasse le reste, pour que les fondations soient ébranlées. Et, comme le soulignait Victor Hugo, le “aujourd’hui dans le trône et demain dans la boue” guette tous ceux qu’un pouvoir sans limite a parfois rendu aveugle aux considérations humaines et au nécessaire équilibre de toute machine, fut-elle parfaitement huilée. Que le cabinet du ministre du Logement soit également dans la danse ne saurait étonner personne car il y longtemps, nous l’avons dit, qu’il n’y a plus de ministre du Logement…. P.B.
La gratuité, un vrai sujet….
Jeudi 9 avril 2009
Le billet relatif aux propos de Fréderic Mitterrand (qui parlait, lui, des musées) m’a valu quelques réactions qui me permettent de préciser ma pensée. En matière d’information, nul ne peut douter qu’internet a changé la donne et que ce changement n’est pas terminé. Nul ne peut davantage ignorer que “gratuité” est synonyme de publicité, permettant de trouver, à elle seule, un équilibrage financier. Nul enfin ne peut faire l’impasse sur la situation actuelle de l’économie qui met en péril les medias dont la seule ressource est publicitaire. C’est notre analyse depuis longtemps et c’est pourquoi notre groupe “Immoweek” a toujours voulu s’appuyer sur l’abonnement. Pour des raisons financières et éthiques. L’information pour les professionnels (le B2B comme on dit en mauvais franglais) représente en effet un domaine très particulier du monde des medias, qui ne peut se satisfaire des seuls communiqués de presse et dépeches d’agence. Il faut aller chercher l’information, en constituant un réseau d’informateurs, la vérifier (un préalable indispensable car les enjeux économiques, ou personnels, sont parfois très lourds), mais aussi faire de sa selection rigoureuse d’information et de son nombre limité de lecteurs un atout pour les professionnels qui choisissent de s’abonner. Bref, ce travail d’investigation constitue un coût très lourd alors même que le nombre de “clients” potentiels est forcément restreint. Il n’y a pas 100 000 professionnels de l’immobilier interessés par ces questions forcément très pointues, comme le note avec son humour habituel Jean Marcovici, dans sa lettre pastiche H3. La course à la publicité entraine donc une course au lectorat et à la diffusion, par définition difficilement compatible avec l’idée d’une information réservée aux seuls initiés. Et quand elle disparait ou s’amenuise, l’équilibre global est remis en cause. Bref, cette crise aura aussi du bon : nous ramener aux valeurs essentielles. On se console comme on peut !