On a ici déjà souligné l’oeuvre d’Haussmann (perçue à travers une biographie de qualité) : l’actuel projet du Grand Paris, cher au chef de l’Etat, met en valeur, à nouveau, nos bons vieux défauts gaulois. Un secrétaire d’Etat (Christian Blanc) qui dispose de la confiance du Prince mais qui doit, quand même, transiger avec le Premier ministre (auquel il est rattaché) et même (quelle horreur !) les élus locaux; les dits élus qui pensent aux élections et à leurs fiefs; des établissements publics qui n’ont jamais fait la une de l’actualité et dont on s’occupe beaucoup en raison du nom de leur futur président… Manquait au paysage notre belle et bonne SNCF qui, dans les prochains mois, découvrira les charmes (et les épines) de la concurrence et qui ne pouvait donc se permettre d’être absente du débat. Comment grand Dieu ? En présentant le week end dernier une vision du Grand Paris et de ses transports en commun… parfaitement incompatible avec le schéma proposé par Christian Blanc. Ca, c’est de la concertation ! Les ingénieurs de la SNCF ont toujours aimé vivre en autarcie et l’idée de devoir coopérer avec la RATP (voire devoir laisser aux “parisiens” la tête du projet) les rend fous. D’où ce projet, étonnant et détonnant, dont chacun semble très conscient de l’impossibilité technique. Alors, les cheminots effectuent-ils un baroud d’honneur ? Depuis Fontenoy, Waterloo et Mers el Kebir, c’est une très belle spécialité française… Mais on y survit !

Notre avisée consoeur Catherine Bocquet (“Profession Logement”) consacre son edito à paraître demain à une matière qui devrait faire l’objet de bien des gros titres. S’appuyant sur une étude de la DRE de l’Ile-de-France et de l’Iaurif, consacrée à “une photographie détaillée du logement en région parisienne”, Catherine Bocquet met en relief des chiffres (qui ont, certes, le retard classique de ces belles administrations : les chiffres 2007 et 2008 ont été un chouia meilleurs…) qu’il faut connaître ! Ecoutons là : “ … le constat est – de façon certes attendu – plutôt navrant. Ainsi, alors que la croissance de la population francilienne s’accélère depuis les années 2000 – la région “gagne” environ 70 000 personnes par an – la construction, elle, décline, pour atteindre le niveau “le plus bas enregistré au cours des 30 dernières années”. En rythme annuel, le taux de construction francilien est ainsi “près de deux fois inférieur à celui de la France”. En 2006, Paris et la petite couronne représentent moins de la moitié de production de logements de la région, alors que la Seine et Marne décroche la palme du bâtisseur, avec près de 55 % des réalisations. Dans le même temps, le coût du logement des Franciliens augmente avec des taux d’effort, pour les locataires et les propriétaires, qui passent de 23,6 % en 1988 à 35 %.  La situation devient donc plus particulièrement difficile pour les plus modestes, dont le constat est (ce n’est pas un scoop non plus) qu’ils s’éloignent du centre de Paris. La part des ménages pauvres dans le parc HLM va, lui, croissant (38 % contre 32 % en 1988), alors que la production de logements sociaux reste toujours bien en deçà de la demande (et des besoins réels). Moins de 5 500 logements HLM dans l’ensemble de la région ont ainsi été construits par an entre début 2002 et mi 2006, contre 10 000 à 15 000 en moyenne, au cours des périodes antérieures. Face à cette carence, de nombreux ménages à bas revenus se tournent vers le secteur locatif libre, entraînant une hausse significative du taux de pauvreté. Autre conséquence de cette rareté de logements : une diminution de la vacance (moins 68 000 logements en dix ans) et un très fort développement du “surpeuplement” des logements, dans le privé ou le secteur social…” Bref, au delà des si émouvants discours sur la “priorité” donnée au logement (et singulièrement au logement social), les chiffres dressent un état des lieux navrant !

Pour la liberté de la presse

Lundi 5 octobre 2009

Nous avons choisi, cette année encore, de soutenir Reporters sans frontières en vous proposant d’acheter l’excellent ouvrage édité par RSF et intitulé : “100 photos de nature popur la liberté de la presse”. Car assurer cette liberté, c’est incontestablement participer à une démarche citoyenne, comme on aime à le dire maintenant. Parce que nous vivons dans un environnement (à tous les sens du terme) terriblement privilégié, il est plus qu’utile de penser à ceux qui n’ont pas cette chance. Et même, ici, la liberté de la presse doit continuer à s’exercer dans le cadre des structure de presse, respectant leurs abonnés (payants, c’est à dire ayant fait le choix de leur support) et leurs sources d’information.

Mais au-delà de ce grand principe, il faut aussi découvrir ce très bel ouvrage dont les photos (signées de l’agence californienne Minden Pictures) enchantent. On retrouvera les grands classiques, le manchot sur sa banquise, l’ourson polaire, la baleine à bosse ou le requin (entre beaucoup d’autres) mais on admirera aussi un boa émeraude (il porte bien son nom l’animal !), une grenouille arboricole (très tendance, verte et fluo…) et des paysages superbes. Bref, ce livre qui vaut moins de dix euros est un excellent placement pour vos yeux, votre coeur… et votre bibliothèque. Et la beauté du monde, il ne faut jamais s’en priver !

Construire, c’est LA solution !

Jeudi 1 octobre 2009

On peut toujours faire de savantes analyses, et de magnifiques rapports, et de sublimes envolées lyriques, sur toutes les données des marchés du logement. Une seule, pourtant,  parait vraiment indispensable, indiscutable, incontournable ! On ne construit pas assez, de manière générale, dans notre pays. On ne construit pas assez (pas du tout ?) à Paris où l’on perd chaque année des logements. Dans ces conditions, comment s’étonner que ceux qui sont les plus défavorisés ne trouvent pas de toits de manière satisfaisante ? Si cet acte est complexe pour les classes moyennes et supérieures, comment imaginer que les plus pauvres y parviennent ? L’effondrement actuel de la construction va donc pénaliser en premier lieu les plus pauvres dans notre pays. Ajoutons à cela, le véritable abandon par le monde HLM du  logement social, au sens réel du terme (faire de jolies petites unites “HLM” en centre ville pour huit privilégiés qui pourront, à prix cassés, vivre dans un cadre agréable… tout le monde sait faire : allez voir le charmant immeuble de la rue Colbert à Paris- mais, soyez gentil,  ne demandez pas la liste des futurs locataires !). Bref, ne pas construire, c’est mauvais pour les villes, mauvais pour l’économie et l’emploi (et même pour les finances publiques !), mauvais pour la solidarité nationale, mauvais pour les professionnels du secteur. La politique malthusienne aujourd’hui pratiquée doit s’arrêter. Et les discussions microcosmiennes (ou microscopiques ?) sur tel article de la loi de finances n’y changeront rien !

Cette notion est devenue tellement indifférente aux pouvoirs publics (et bien au-delà) que les statistiques de la construction sont elles-même négligées. Les services chargés de cette question cafouillent (et c’est une gentille litote). Bref, on connait mal la situation. Et elle est sans doute encore plus grave que bien des chiffres qui circulent. Un rappel historique à ne pas négliger : la grande période en France de l’effondrement de la construction en France, c’est l’entre deux-guerres. Un “modèle” qu’il serait bon de ne pas imiter !