On a ici déjà souligné l’oeuvre d’Haussmann (perçue à travers une biographie de qualité) : l’actuel projet du Grand Paris, cher au chef de l’Etat, met en valeur, à nouveau, nos bons vieux défauts gaulois. Un secrétaire d’Etat (Christian Blanc) qui dispose de la confiance du Prince mais qui doit, quand même, transiger avec le Premier ministre (auquel il est rattaché) et même (quelle horreur !) les élus locaux; les dits élus qui pensent aux élections et à leurs fiefs; des établissements publics qui n’ont jamais fait la une de l’actualité et dont on s’occupe beaucoup en raison du nom de leur futur président… Manquait au paysage notre belle et bonne SNCF qui, dans les prochains mois, découvrira les charmes (et les épines) de la concurrence et qui ne pouvait donc se permettre d’être absente du débat. Comment grand Dieu ? En présentant le week end dernier une vision du Grand Paris et de ses transports en commun… parfaitement incompatible avec le schéma proposé par Christian Blanc. Ca, c’est de la concertation ! Les ingénieurs de la SNCF ont toujours aimé vivre en autarcie et l’idée de devoir coopérer avec la RATP (voire devoir laisser aux “parisiens” la tête du projet) les rend fous. D’où ce projet, étonnant et détonnant, dont chacun semble très conscient de l’impossibilité technique. Alors, les cheminots effectuent-ils un baroud d’honneur ? Depuis Fontenoy, Waterloo et Mers el Kebir, c’est une très belle spécialité française… Mais on y survit !

Rue Baudelique, vous connaissez ?

Mardi 21 juillet 2009

La rue Baudelique, vous connaissez ? A moins d’habiter ce coin du 18ème arrondissement, il y a peu de chances que vous ayez beaucoup entendu parler, jusqu’à présent, de cette artère à qui l’on a donné le nom… de l’ancien propriétaire des terrains ! Ah ces sacrés proprios ! L’affaire, intelligemment montée, de “l’occupation” par les sans papiers délogés manu militari de la Bourse du travail, du gros bloc d’immeubles de la Caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) en cette modeste rue, est symbolique. Aujourd’hui, les habiles communicants n’attaquent plus les petits propriétaires mais les bons gros, et de préférence ceux qui ont une connotation “sociale” (une vengeance contre la CGT ?), ceux qui, il est vrai, trop souvent, utilisent bien mal leur patrimoine. Le seul point positif (côté immobilier) de ce dossier pourrait être une rationalisation par nos chères (trop chères) structures para publiques de leur pléthorique patrimoine qu’elles laissent trop souvent dormir…  Alors, bien sûr, la CPAM de Paris “a saisi le juge des référés pour occupation illicite de ses locaux (…) afin de [lui] permettre de poursuivre la procédure de vente de l’immeuble (…) qui était en bon état, à partir de l’estimation des Domaines à 35,2 millions d’euros”, a-t-elle précisé. On voit bien le but des organisateurs de l’opération (qui, après la Bourse du travail, visent la CPAM). Ne parlons pas -vilain mot- de chantage aux structures “sociales”, mais… Et ne doutons pas que la vente aura lieu avec une société d’HLM…

On connait le slogan utilisé par certains opposants à l’actuelle ministre du Logement  : “Boutons Boutin !”.  Pour eux, et pour quelques autres (qui ne pensent cependant pas que l’actuelle détentrice du portefeuille est responsable de tous nos malheurs, pas plus que son départ ne résoudrait tous les problèmes), les rebondissements du dossier des Yvelines fait naître quelques espérances. En effet, la rapidité avec laquelle le préfet du département a pris acte de la démission d’office du président du conseil général, Pierre Bédier (dont la Cour de cassation a confirmé la semaine dernière la condamnation pour corruption passive et abus de biens sociaux) a permis à Christine Boutin, première vice-présidente de l’assemblée départementale, de se proclamer présidente par interim. Elle aura donc à organiser la cantonale partielle nécessaire au remplacement du dit Pierre Bédier à Mantes-la-Jolie. Un bel intervalle qui peut permettre à la ministre de prendre la main et de s’imposer dans un département qu’elle convoite depuis de longues années (déjà en 2005, elle avait tenté sa chance sans succès). Sachant qu’il s’agit d’une très riche collectivité, qui compte en ses rangs quelques beaux poids lourds de la politique (dont le président du Sénat, Gerard Larcher), il y aurait là une jolie compensation pour une ex détentrice d’un portefeuille ministériel. En tout cas, à l’Elysée, on se plait à le penser, voire à le murmurer… Mais, avant chaque remaniement, les murmures sont toujours très nombreux.

Le billet relatif aux propos de Fréderic Mitterrand (qui parlait, lui, des musées) m’a valu quelques réactions qui me permettent de préciser ma pensée. En matière d’information, nul ne peut douter qu’internet a changé la donne et que ce changement n’est pas terminé. Nul ne peut davantage ignorer que “gratuité” est synonyme de publicité, permettant de trouver, à elle seule, un équilibrage financier. Nul enfin ne peut faire l’impasse sur la situation actuelle de l’économie qui met en péril les medias dont la seule ressource est publicitaire. C’est notre analyse depuis longtemps et c’est pourquoi notre groupe “Immoweek” a toujours voulu s’appuyer sur l’abonnement. Pour des raisons financières et éthiques. L’information pour les professionnels (le B2B comme on dit en mauvais franglais) représente en effet un domaine très particulier du monde des medias, qui ne peut se satisfaire des seuls communiqués de presse et dépeches d’agence. Il faut aller chercher l’information, en constituant un réseau d’informateurs, la vérifier (un préalable indispensable car les enjeux économiques, ou personnels, sont parfois très lourds), mais aussi faire de sa selection rigoureuse d’information et de son nombre limité de lecteurs un atout pour les professionnels qui choisissent de s’abonner. Bref, ce travail d’investigation constitue un coût très lourd alors même que le nombre de “clients” potentiels est forcément restreint. Il n’y a pas 100 000 professionnels de l’immobilier interessés par ces questions forcément très pointues, comme le note avec son humour habituel Jean Marcovici, dans sa lettre pastiche H3. La course à la publicité entraine donc une course au lectorat et à la diffusion, par définition difficilement compatible avec l’idée d’une information réservée aux seuls initiés. Et quand elle disparait ou s’amenuise, l’équilibre global est remis en cause. Bref, cette crise aura aussi du bon : nous ramener aux valeurs essentielles. On se console comme on peut !

Des voeux pour demain

Lundi 5 janvier 2009

Le seul avantage des periodes de crise (économique ou non), c’est de pouvoir, de devoir, de permettre parfois, de se remettre en cause. Cet exercice, qui ne constitue une partie de plaisir pour personne, est cependant indispensable si l’on veut affronter “la suite”. En évitant deux ecueils : croire que tout va changer ou que tout sera pareil… Entre ces deux récifs, on peut faire la part de l’évolution indispensable et, Deo gratias, de ce qui reste constant, ou presque. Mes voeux pour 2009 vont donc à chacun d’entre vous : que cette crise soit une occasion de “mieux faire”, ou autrement. Un joli programme, non ?

Quand on trouve ailleurs ce que l’on pense soi-même, il n’est pas interdit de diffuser la “bonne parole”. j’emprunte donc à Thierry Mouthiez, rédacteur en chef d’Expertise Pierre son excellent édito de cette semaine (à paraître demain) :

“Une bonne nouvelle : les professionnels, en tous cas certains, n’ont pas perdu leur sens de l’humour. Nombre d’entre eux souriaient franchement à l’initiative de Pierre Beckerich, lors de l’édition 2008 du Simi (Salon de l’Immobilier d’Entreprise, du 3 au 5 décembre derniers, au Palais des Congrès de la porte Maillot). Cette fois, le stand de sa société Euragone se présentait sous la forme d’une… oasis, pour mieux se désaltérer avant la traversée du désert ! Il est vrai que l’humour permet de dire beaucoup. Un autre professionnel bien connu du secteur caractérisait l’ambiance de ce Simi par ce barbarisme : “la simistrose”. Il ne faisait aucunement allusion à la participation à la manifestation, ses organisateurs annonçant  pour cette édition une fréquentation par près de 16 000 professionnels. Il voulait plutôt parler des discussions entre beaucoup d’acteurs du marché. Nous en avons nous-mêmes fait l’expérience : cette année, les conversations portant (pratiquement toutes) sur les perspectives de la conjoncture économique et celles concernant plus particulièrement le secteur de l’immobilier d’entreprise pouvaient être sombres, voire carrément sinistres. Y compris, d’ailleurs, certaines interventions dans les conférences. A telle enseigne que le président d’une société de conseil de renom nous confiait être hors de lui après tant de sinistrose : “il ne sert à rien de s’enfoncer dans une telle noirceur. Au contraire, nous devons nous serrer les coudes pour mieux traverser la période qui va s’ouvrir l’année prochaine”.
Et c’est plutôt notre credo. Non qu’il faillle nier que 2009 sera une année difficile. Comme le précise Gérard Aubert dans une interview exclusive en page 8, les premiers mois de l’année prochaine devraient s’inscrire dans la lignée des derniers mois de 2008. Et comme le fait remarquer ce professionnel d’expérience, “si la crise de l’immobilier qui s’annonce ne dure pas plus longtemps que celle issue de l’éclatement de la bulle internet, nous pourrons être satisfaits”. Néanmoins, comme le souligne un autre professionnel de grande expérience, en l’occurrence Philippe Lemoine, directeur général délégué de Silic (voir son interview en pages 2 et 3), “ces crises sont, dans un premier temps, excessivement difficiles à passer, mais on trouve quelques effets positifs et, notamment, des acteurs qui se remettent en cause, des mentalités qui évoluent et une économie qui peut redémarrer sur des bases plus saines”… Autre analyse encourageante, celle de Benoît du Passage (nous lui donnerons la parole dans notre lettre de la semaine prochaine). Pour le président de Jones Lang LaSalle, désormais, dans l’immobilier d’entreprise, “les cycles seront, certes plus marqués, mais plus courts”… Et il évoque une possible reprise dès 2010. Sous certaines conditions, bien sûr… Sans parler des professionnels qui avouent (pas trop fort !) être désormais en ordre de marche pour saisir les opportunités qui ne vont pas manquer d’apparaître dans un tel marché.
Pour notre part, nous souhaitons nous inscrire aux côtés de ces professionnels qui ne baissent pas les bras. Et dans un marché qui a tendance à se replier sur lui-même, nous nous battrons pour qu’il conserve la plus grande lisibilité possible. Condition sine qua non de sa fluidité, elle-même gage d’un redémarrage le plus rapide possible. Dans ce sens, nous continuerons à mettre en avant toutes les intitiatives prises dans ce secteur qui est aussi le nôtre. Et elles ont été encore nombreuses en 2008. Il faut y voir là le professionnalisme du marché français, l’un de ceux qui résistent le mieux, et de l’ensemble de ces acteurs. Comme chaque année, nous mettrons particulièrement en valeur ces caractéristiques du marché hexagonal lors de notre cérémonie des “Pierres d’Or” (qui aura lieu le 5 février prochain, au Grand Hôtel). La participation – record – à l’élection des lauréats dans chacune des catégories nous amène à penser que 2009 sera, à nouveau, un grand cru. Au bénéfice de tous…  “

Il n’y a rien à ajouter !

L’élection de Thierry Repentin, proche de Louis Besson, dont il a été le collaborateur,  a la tête de l’USH (ex Union HLM) est une TRES bonne nouvelle. Pour des raisons qui tiennent d’abord, bien sûr, à sa personnalité : le sénateur (socialiste évidemment) de la Savoie n’a rien de ces mammouths dont la rue Lord Byron raffole. Il a 45 ans, est facile d’accès, n’a pas été ministre d’Etat (ce dont son prédecesseur, âgé de de 62 ans, était manifestement particulièrement fier), connaît bien le monde du Logement et ne pratique pas la langue de bois qui fait le charme des communiqués de l’USH.

C’est ensuite une bonne nouvelle pour une structure qui a un besoin vital (on repète l’adjectif : vi-tal !) de se moderniser, de s’ouvrir au monde extérieur. Une organisation qui doit sortir de l’ère brejnevienne si elle veut encore compter dans les années à venir. Un indice, parmi d’autres du vieillissement et de l’obsolescence de la maison : l’élection du nouveau président (annoncée par un immomail exclusif) a fait très peu parler d’elle. Le chantier de la communication est sans doute un des premiers que ce jeune sénateur doit et peut relever. Il a aussi la possibilité de s’impliquer dans la vie de l’Union, sans doute davantage que son prédécesseur dont la liste des mandats, fonctions et autres sinécures, donnait le tournis.

On se permettra donc de rêver : avec, côté logement HLM,  Thierry Repentin à l’USH et côté parc privé, Marc-Philippe Daubresse à l’Anah (c’est lui qui semble tenir la corde de la nomination pour succéder à Philippe Pelletier, qui aura bien mérité de l’Agence), le monde du Logement pourrait redevenir un lieu d’échanges, d’idées neuves… et d’action. En y ajoutant quelques autres personnalités de qualité ( nous avons quelques idées si on nous consulte !), on pourrait certainement sortir de ce marasme effarant d’une Union HLM, repliée sur son trésor, ses habitudes, son discours aseptisé et ses petites combines. Espérons !

Le ministère du Logement a toujours vécu difficilement : parfois autonome, parfois rattaché à l’Equipement (voire aux Affaires sociales), parfois ministère “plein”, ou “délégué, parfois secrétariat d’Etat, ce portefeuille a rarement attiré les ténors du monde politique. Ce sont plutôt les marginaux de la majorité gouvernementale (d’Hervé de Charette à Marie-Noëlle Lienenmann en passant par… Christine Boutin) qui ont ainsi été nommés. L’évolution de l’heure aggrave cette situation de marginalité. Certes, l’actuelle ministre est “autonome”, elle ne dépend officiellement d’aucun autre ministre. Mais son poids politique faible, la personnalité du chef de l’Etat, persuadé que cette question doit être traitée au plus haut niveau (le sien), sans parler de son cabinet (qui a souffert, et pas seulement de la triste “affaire” Bolufer) ont conduit peu à peu à son effacement quasi-complet de la décision en la matière. Le budget qu’elle contrôle a quasiment disparu puisque c’est désormais le 1 % Logement qui finance Anah et Anru. Et les grandes décisions sont ouvertement préparées et annoncées ailleurs, c’est à dire à l’Elysée (mais aussi à Bercy !) : Nicolas Sarkozy annonce d’ailleurs aujourd’hui ses mesures “Logement”.

Mais comme cela ne suffisait pas, voici notre ministre attaquée désormais sur un autre flanc : celui de Martin Hirsch. Le Haut-commissaire aux soliarités actives contre la pauvreté signait mercredi 3 décembre un long papier dans “Le Monde”, intitulé “ce que j’ai à dire sur les sans-domicile-fixe“. Soulignons au passage que ce texte-programme de qualité (il souhaite “traiter les controverses par des méthodes de consensus”) ne fait jamais référence à l’actuelle détentrice du portefeuille du Logement.. mais bien sur au chef de l’Etat. La messe est donc dite et les mauvaises langues (si nombreuses) ne peuvent s’empêcher de voir aussi dans ce document un acte de candidature…

8,85 %, ca fait beaucoup !

Mercredi 26 novembre 2008

L’ICC est un indice terrible : tout le monde veut y échapper (surtout quand il augmente comme en ce moment, le dernier indice trimestriel grimpant de la bagatelle de 8,8 %!). Après les logements qui ont quitté le navire depuis fort longtemps, les commerces sont eux aussi entrés dans la danse du “tout sauf l’ICC”. Et grâce à un récent décret, vont y échapper. Seuls restent donc concernés les utilisateurs (et propriétaires…) de bureaux. On imagine que le discours n’est pas le même des deux côtés de la barrière. Et à notre question “feedback”, nous avons bien senti qu’entre ceux “qui en ont marre du changement de la règle du jeu dès que les loyers augmentent”, ceux qui pensent que “le moment de la négociation est venue” et ceux qui estiment que “8,8 % est un chiffre tout simplement inadmissible”, les différences de point de vue s’expliquaient certainement par les positions respectives. En tant qu’utilisateur, je ne peux que trouver… que cela fait beaucoup. Et qu’une bonne négociation avec son propriétaire est toujours meilleure qu’un mauvais procès (car quand l’augmentation dépasse 25 %, on peut s’adresser au juge). Tout le monde est-il d’accord ? A suivre…

35 % vous êtes sur ?

Mercredi 26 novembre 2008

C’était joué d’avance : dans le cadre de l’opération des 30 000 logements achetés aux promoteurs pour en “faire” des logements sociaux, le prix allait être la grande question. Un des gros acheteurs, André Yché avait d’abord évoqué, dans les colonnes de “Profession Logement”, une décôté “d’au moins 25 %”. Nul n’avait murmuré. Mais le bouillant président de la Société nationale immobilière vient d’aller plus loin en évoquant cette fois une réduction de 35 %. Colère des promoteurs : et le président de la FPC, Jean-François Gabilla de se fendre d’un communiqué, et d’une interview à paraître, toujours dans Profession Logement : “la FPC se félicite des accords conclus portant sur 4 200 logements mais émet les plus expresses réserves sur la décote moyenne indiquée de 35 % du coût de revient, baisse de TVA incluse“.

On laissera les négociations avec les plus grands promoteurs de la place continuer leur bonhomme (on l’espère) de chemin. Notons simplement que ce dispositif finit par abolir la “différence” entre logement social et logement privé : voilà des immeubles qui n’étaient nullement prévus pour une occupation sociale et qui vont par un simple cout de baguette (magique ?) de leur nouveau propriétaire être attribués selon des critères “sociaux”. On connait depuis longtemps la technique à Paris, où en raison de l’absence de construction, la Ville “finance” bien plus de logements qu’elle n’en construit. Bref, un HLM aujourd’hui, c’est vraiment un “immeuble comme un autre”.