Notre avisée consoeur Catherine Bocquet (“Profession Logement”) consacre son edito à paraître demain à une matière qui devrait faire l’objet de bien des gros titres. S’appuyant sur une étude de la DRE de l’Ile-de-France et de l’Iaurif, consacrée à “une photographie détaillée du logement en région parisienne”, Catherine Bocquet met en relief des chiffres (qui ont, certes, le retard classique de ces belles administrations : les chiffres 2007 et 2008 ont été un chouia meilleurs…) qu’il faut connaître ! Ecoutons là : “ … le constat est – de façon certes attendu – plutôt navrant. Ainsi, alors que la croissance de la population francilienne s’accélère depuis les années 2000 – la région “gagne” environ 70 000 personnes par an – la construction, elle, décline, pour atteindre le niveau “le plus bas enregistré au cours des 30 dernières années”. En rythme annuel, le taux de construction francilien est ainsi “près de deux fois inférieur à celui de la France”. En 2006, Paris et la petite couronne représentent moins de la moitié de production de logements de la région, alors que la Seine et Marne décroche la palme du bâtisseur, avec près de 55 % des réalisations. Dans le même temps, le coût du logement des Franciliens augmente avec des taux d’effort, pour les locataires et les propriétaires, qui passent de 23,6 % en 1988 à 35 %.  La situation devient donc plus particulièrement difficile pour les plus modestes, dont le constat est (ce n’est pas un scoop non plus) qu’ils s’éloignent du centre de Paris. La part des ménages pauvres dans le parc HLM va, lui, croissant (38 % contre 32 % en 1988), alors que la production de logements sociaux reste toujours bien en deçà de la demande (et des besoins réels). Moins de 5 500 logements HLM dans l’ensemble de la région ont ainsi été construits par an entre début 2002 et mi 2006, contre 10 000 à 15 000 en moyenne, au cours des périodes antérieures. Face à cette carence, de nombreux ménages à bas revenus se tournent vers le secteur locatif libre, entraînant une hausse significative du taux de pauvreté. Autre conséquence de cette rareté de logements : une diminution de la vacance (moins 68 000 logements en dix ans) et un très fort développement du “surpeuplement” des logements, dans le privé ou le secteur social…” Bref, au delà des si émouvants discours sur la “priorité” donnée au logement (et singulièrement au logement social), les chiffres dressent un état des lieux navrant !

Construire, c’est LA solution !

Jeudi 1 octobre 2009

On peut toujours faire de savantes analyses, et de magnifiques rapports, et de sublimes envolées lyriques, sur toutes les données des marchés du logement. Une seule, pourtant,  parait vraiment indispensable, indiscutable, incontournable ! On ne construit pas assez, de manière générale, dans notre pays. On ne construit pas assez (pas du tout ?) à Paris où l’on perd chaque année des logements. Dans ces conditions, comment s’étonner que ceux qui sont les plus défavorisés ne trouvent pas de toits de manière satisfaisante ? Si cet acte est complexe pour les classes moyennes et supérieures, comment imaginer que les plus pauvres y parviennent ? L’effondrement actuel de la construction va donc pénaliser en premier lieu les plus pauvres dans notre pays. Ajoutons à cela, le véritable abandon par le monde HLM du  logement social, au sens réel du terme (faire de jolies petites unites “HLM” en centre ville pour huit privilégiés qui pourront, à prix cassés, vivre dans un cadre agréable… tout le monde sait faire : allez voir le charmant immeuble de la rue Colbert à Paris- mais, soyez gentil,  ne demandez pas la liste des futurs locataires !). Bref, ne pas construire, c’est mauvais pour les villes, mauvais pour l’économie et l’emploi (et même pour les finances publiques !), mauvais pour la solidarité nationale, mauvais pour les professionnels du secteur. La politique malthusienne aujourd’hui pratiquée doit s’arrêter. Et les discussions microcosmiennes (ou microscopiques ?) sur tel article de la loi de finances n’y changeront rien !

Cette notion est devenue tellement indifférente aux pouvoirs publics (et bien au-delà) que les statistiques de la construction sont elles-même négligées. Les services chargés de cette question cafouillent (et c’est une gentille litote). Bref, on connait mal la situation. Et elle est sans doute encore plus grave que bien des chiffres qui circulent. Un rappel historique à ne pas négliger : la grande période en France de l’effondrement de la construction en France, c’est l’entre deux-guerres. Un “modèle” qu’il serait bon de ne pas imiter !

C’est notre confrère Bertrand Desjuzeur qui le note cette semaine dans son edito de Jurishebdo : “les loyers d’habitation baissent, le blocage demeure“. Face à la diminution des prix des loyers d’habitation, enregistrée par l’indispensable observatoire Clameur (qu’attend-on pour faire de même dans le parc public : mon petit doigt me dit qu’on y réflechit en haut lieu, quelle bonne idée !), la question logique vient en effet à l’esprit: “pourquoi bloquer des loyers qui baissent ?”. C’est que le décret de blocage des loyers en région parisienne (on mettra au tableau noir un panel de pros pour savoir exactement en quoi il consiste : bon courage !) n’a plus de rapport avec la réalité des marchés. Il représente un symbole. C’est le problème bien connu des réglementations de prix : sortir du “blocage”, c’est une décision toujours très douloureuse pour un gouvernement. C’est s’exposer à une critique évidente. Et puis, le dit “blocage” n’a plus d’incidence réelle sur le niveau des prix dans l’agglomération capitale (on s’en serait rendu compte depuis longtemps…). C’est donc une pure mesure symbolique, qui n’a plus de sens, ni d’efficacité. On peut donc parier qu’elle sera encore reconduite longtemps….

La honte des maisons-cages

Lundi 6 juillet 2009

Il faut lire, dans Le Monde du 4 juillet, l’excellente correpondance de Florence de Changy, intitulée “Maisons-cages à louer à Hongkong”. Notre consoeur y explique, sans pathos, la vie dans ces taudis répugnants : “une salle dortoir accueille une demi-douzaine de lits superposés, grillagés, sur l’extérieur, avec une petite porte-fenetre sur la “façade” du lit-maison“. Et une photo illustre la honteuse réalité de ces lits loués la bagatelle 150 euros par mois (multipliez par douze et calculez la rentabilité de l’endroit) ! L’article ne manque pas de souligner que dans Hongkong, maintenant pleinement chinoise (et donc communiste bien sur), “territoire où le PNB par habitant est supérieur à celui de la Suisse“, “la perennité des maisons-cages (…)  reste, pour certains une énigme, pour d’autres un scandale“. Choisissons ce dernier qualificatif, et applaudissons le conseil économique et social des Nations unies d’affirmer que “les maisons-cages sont un affront à la dignité humaine” qui, hélas, se perpétue… Et soulignons que, si la France n’a de leçon à donner à personne, il n’est jamais mauvais qu’un journaliste mette en avant ces choses que personne ne veut regarder !

Qui avait dit “un ministre ça se tait ou ça demissionne” ? Aujourd’hui, les ministres sortants disent (ou font savoir) leur mécontentement comme si leur portefeuille leur appartenait. Et même si on peut comprendre Yves Jego très amer d’avoir perdu son poste et de l’avoir laissé à une femme qu’il n’aime guère (litote), il est peu admissible de laisser circuler des “bruits” disant combien maintenant on est “libre”. Mais Christine Boutin va encore plus loin, qui sur Europe 1 affirme : “mon jetage (???), je l’ai appris au 20 heures sur TF1, avec tout mon cabinet.”. Outre que cela prouve que l’ancienne ministre du Logement regarde TF1 au moment des remaniements, cette vision télévisée montre aussi que la présidente par interim du conseil général des Yvelines était manifestement  la seule à ignorer que le chef de l’Etat ne l’appréciait guère (re-litote). Et que c’était un secret de polichinelle. Que l’on se rassure cependant : malgré ce “jetage” épouvantable, Madame Boutin accepterait des “propositions”. Parmi celles ci l’ambassade de France au Vatican.  Ce qui pour une “chrétienne-démocrate”autoproclamée constituerait à l’évidence une consécration. Et un peu de baume sur des plaies qui ne sont pas tout à fait celles du Crucifié du Golgotha….

La crise peut avoir du bon : elle laisse, parfois, un peu de temps. Profitez en pour courir au Pavillon de l’Arsenal (21, boulevard Morland, Paris 4e) où une intéressante expo, intitulée, “l’invention de la tour européenne” donne à voir ce que le vieux continent, après les Etats-Unis, imagina en cette matière.  On y cotoie le pire (ah, les effarantes folies staliniennes) et le meilleur (pas, à Paris hélas – on exclut de ce jugement La Défense où on trouve du tout bon ! – mais à Londres, Barcelone ou même Francfort !). On doit compléter la visite par la lecture du catalogue qui permet d’en savoir plus. Sortant du boulevard Morland, on aperçoit l’hideux batiment des services de la préfecture et de la ville de Paris et on se plait à imaginer le remplacer par une belle tour contemporaine… Mais que les conservateurs de tous poils se rassurent. Si on construit actuellement une très belle tour en France, c’est à Marseille. Paris doit rester un musée, n’est-ce pas ?

Liberation titrait triomphalement hier sur l’idée de bloquer les loyers, alors que “Clameur” faisait sa traditionnelle (et indispensable) présentation sur l’évolution des loyers. L’idée du blocage est tellement bête, elle a donné tellement d’effets desastreux lorsqu’elle a été mise en place, ici ou ailleurs, qu’elle avait pour l’essentiel disparu du paysage. Mais, crise oblige, on ressort les vieilles lunes pour les moderniser et les rendre attractives. Car, comme toutes les idées simples (les loyers augmentent trop vite pour les plus modestes, bloquons les… et supprimons le problème, et donc les injustices), elles sont trop belles pour être vraies. Car s’il suffisait de bloquer administrativement les prix pour rendre la vie “plus juste”, la France aurait été le symbole même du bonheur locatif pendant de longues années, comme l’Union soviétique d’ailleurs. Las, la “potion magique” ne fonctionne pas. .

En revanche, il faut mettre une nouvelle fois rendre hommage au travail formidable accompli par Clameur. Et Clameur, c’est Michel Mouillart. On doit mesurer ce qu’il a fallu d’énergie, de patience et de ténacité à ce professeur, à l’allure débonnaire, et aux convictions bien ancrées, pour convaincre les administrateurs de biens, les chambres de propriétaires , et bien d’autres aujourd’hui, de lui confier “leurs” resultats pour créer un veritable outil, scientifiquement conçu, et disposant d’une base statistique sans aucun équivalent. On trouvera une analyse des chiffres 2008 dans “Profession Logement” et ailleurs. Mais ce qui compte, avant tout, c’est de disposer d’un instrument fiable. Car connaître les marchés, c’est beaucoup plus utile et efficace pour les orienter, que de les “bloquer” !

La tour, prends garde !

Mardi 23 décembre 2008

Il faut toujours écouter (ou podcaster) France-Culture : ce matin, la Fabrique de l’histoire rediffusait un excellent documentaire consacré à l’édification de la tour Montparnasse. Avec ces grands classiques bien français : l’intervention décisive de l’Etat (et de son chef), la durée de mis en place du projet (on en parle dès 1959), les bagarres homériques d’architectes. A l’époque, cependant, les édiles parisiens sont réduits à la portion congrue et n’ont pas vraiement leur mot à dire (on entend Michel Caldaguès évoquer cette période). Aujourd’hui, la capitale a un maire élu qui doit tenir compte de l’opinion de ses électeurs… majoritairement hostiles aux tours.D’où l’idée de placer ces immeubles à la périphérie de la ville, continuant à les penser comme des “exceptions” dans une agglomération, en suivant ainsi l’exemple de La Défense. Au fond, les tours, tout le monde est contre dans Paris… et pour à l’extérieur ou à ses marges. La différence d’avec le technocratisme triomphant du gaullisme et du pompidolisme est donc qu’aujourd’hui on se méfie du “progrès” qui, hier, représentait une vertu et presque un sésame. Le hic de l’histoire, c’est que refuser le “progrès” c’est faire une croix sur la modernité. Et réserver aux seuls bâtiments publics la possibilité d’être autre chose que de pâles copies ou des immeubles de haute technologie sous des façades du XIXème siècle. Car où sont les seules tours construites depuis 20 ans ? Elles sont au bord de la Seine et abritent la Bibliothèque nationale de France. Mais cela, c’est le (grand) chef qui l’a décidé et il n’y a que des livres pour les habiter !